L’association Aleh Une vie digne et riche pour tous

L’association Aleh Une vie digne et riche pour tous

Wednesday, March 5th, 2014


LPH INFO – Mar 5, 2014

L’association Aleh a vu le jour en 1982 à Bné Brak. Il s’agissait d’offrir une solution de prise en charge totale des personnes lourdement handicapées depuis leur plus jeune âge. Un foyer, des soins, des activités adaptées et beaucoup d’attention et d’affection : voilà ce que prodigue Aleh à ses pensionnaires particuliers depuis plus de 30 ans. Pendant toutes ces années, l’association s’est développée et des centres identiques ont ouvert dans d’autres endroits du pays : Jérusalem et Guédera. Puis, en 2006, un village « Aleh » a été fondé dans le Neguev avec des infrastructures à plus grande échelle et d’une qualité exceptionnelle. À l’origine du village, Doron et Didi Almog, dont le fils Eran né très lourdement handicapé décède il y a sept ans. Le village Aleh porte depuis son nom : « Nahalat Eran ». Nous nous sommes entretenus avec Doron Almog, dont l’histoire personnelle est à l’image de l’association « Aleh », empreinte de volonté de se dévouer au-delà de sa propre personne pour que tous puissent jouir d’une vie digne et riche.

Le Plus Hebdo : Doron Almog, vous avez une carrière militaire qui ne peut que susciter l’admiration. Vous avez servi pendant plus de trente ans et êtes arrivé au grade de général. Vous avez, entre autres, dirigé l’unité de parachutistes au moment du Raid sur Entebbe et êtes le premier soldat israélien à avoir posé le pied sur le tarmac de l’aéroport ougandais. Vous avez dirigé les opérations de sauvetage des Juifs d’Éthiopie. Vous avez aussi été le Commandant en chef de la région Sud entre 2000 et 2003. La liste de vos exploits est encore tellement longue ! D’où vous vient ce dévouement ?

Doron Almog : J’associe ma carrière militaire si longue à la mort de mon frère Eran, tué lors de la guerre de Kippour. Il a été laissé sur le terrain pendant une semaine : lorsque l’armée est revenue le chercher il s’était vidé de son sang, il était trop tard… Ce fut un traumatisme pour moi qui depuis fait du jour de Kippour le plus dur de l’année. Lorsque nous jeûnons et que tout est silencieux, j’entends chaque année ses cris, ses appels au secours. C’est pour cette raison que je me suis engagé : protéger l’État et tout faire pour que plus jamais un soldat ne soit laissé sur le terrain.

Lph : Sur le plan militaire, toute votre famille a été et demeure très volontaire et active. Serait-ce une valeur familiale ?

D.A. : Mes parents sont nés en Palestine sous mandat britannique. À l’annonce de la décision de l’ONU en 1947, ils ont dansé toute la nuit. Le lendemain, ils se battaient pour notre indépendance. Ils nous ont transmis leur attachement suprême à l’État : nous les Juifs, nous n’avons qu’Israël et pour garantir sa pérennité nous devons agir. Je n’ai jamais vu ma mère pleurer malgré toutes les épreuves. Pour mes parents, il ne faisait aucun doute que nous, leurs fils, devions nous battre dans des unités combattantes. Lorsque j’ai été pressenti par Matan Vilnaï pour être le Commandant des parachutistes, ce dernier a hésité car je venais d’une famille déjà endeuillée par la perte d’un enfant. Lorsqu’il a demandé l’autorisation à mes parents, ils lui ont répondu : « si chaque famille dans notre situation refuse que ses autres enfants aillent se battre, alors nous ne survivrons pas. Si notre fils est compétent pour le poste, il faut le lui donner ». Nous avons perdu cinq membres de notre famille lors de l’attentat au restaurant « Maxim ». Malgré ces douleurs, tout le monde continue à s’engager dans des unités combattantes et le plus souvent même des commandos. C’est cela la valeur familiale que nous avons reçu : l’exemple et se battre pour exister.

Lph : Ces mêmes valeurs sont-elles à la base de votre engagement dans l’association Aleh ?

D.A. : Quand nous avons réalisé que notre fils Eran ne pourrait jamais rien faire par ses propres moyens, ce fut une tragédie énorme. Il n’a jamais parlé, ne m’a même jamais appelé « Papa », n’a jamais été autonome en rien. Mais Eran était un homme comme les autres et il a été mon Maître. La question n’est pas ce que ces enfants peuvent faire, puisqu’ils ne peuvent presque rien faire, mais ils révèlent le genre de personnes que nous sommes. En cela, ils sont nos Maîtres. Face au handicap de notre enfant, nous avons décidé de ne pas en avoir honte, de l’aider au maximum pour que sa vie soit aussi agréable que possible. Nous devons nous battre pour les enfants comme Eran, les prendre avec nous. Une société forte est une société capable de renforcer les couches les plus faibles. C’est d’ailleurs un principe juif : être d’abord et avant tout un homme. On demande à D’ieu de nous donner du courage (Oz) avant de nous bénir par la paix : le courage c’est précisément de s’occuper des plus faibles, ne pas en avoir c’est les considérer avec honte.

Lph : Le village Aleh du Neguev, était-ce pour Eran ?

D.A. : Oui, il y a vécu un an et un mois. En fait, lorsqu’Eran a eu 18 ans, nous avons été informés qu’après ses 21 ans, il n’y aurait plus d’écoles spécialisées pour l’accueillir. J’ai alors pris la décision d’arrêter ma carrière militaire pour m’occuper de lui alors que j’étais pressenti pour la plus haute fonction de la hiérarchie militaire. Eran a été accepté à Aleh, nous nous sommes impliqués dans l’association. Celle-ci, depuis sa création en 1982, n’a eu de cesse de se développer pour permettre à un public large et varié de profiter de ses structures et d’être au plus près géographiquement des personnes dans le besoin. Et en 2006, le village du Neguev a vu le jour. Depuis qu’Eran est décédé en février 2007, nous continuons d’agir pour les enfants et les adultes comme lui. Au début c’était difficile, mon épouse ne pouvait même plus venir au village. Mais nous voulons plus que tout développer cet endroit et pérenniser l’association Aleh partout dans le pays.

 

Lph : Quelle est la différence entre les centres de Bné-Brak, Jérusalem, Guédera et le village du Neguev ?

D.A. : Dans le Neguev nous prenons en charge les bébés, les enfants, comme ailleurs, mais aussi les adultes de plus de 21 ans. Tous les centres d’Aleh offrent la même attention à leurs pensionnaires.

Lph : Comment se déroule une journée au sein d’Aleh ?

D.A. : Comme une journée normale : les pensionnaires sont constamment en mouvement. Nous les occupons par des ateliers artistiques ou musicaux, des cours au sein d’écoles spécialisées, la découverte de la nature. Nous possédons également des unités de soins performantes au sein desquelles ils reçoivent quotidiennement tout ce dont ils ont besoin. Le personnel est entièrement dévoué et assiste chacun dans tous les gestes quotidiens. Nous recrutons aussi beaucoup de volontaires de mondes très différents : des jeunes lycéens, des filles de Sherout Leumi mais aussi des employés de sociétés Hi-Tech. Tous ceux qui participent demandent à revenir. Nous travaillons parallèlement à éduquer les enfants depuis le gan à considérer les handicapés comme des personnes à part entière. Ainsi, certains de nos pensionnaires vont passer quelques heures par semaine dans des maternelles « normales ». J’ai le sentiment qu’en Israël la conscience collective se manifeste de plus en plus fortement. À Aleh nous constatons que dans notre pays, nombreux sont celles et ceux qui se sentent concernés par le sort des plus faibles.

Lph : S’occuper nuit et jour de personnes handicapées nécessite des infrastructures et un matériel très onéreux. Comment êtes-vous financés ?

D.A. : Le gouvernement israélien nous subventionne en partie. Mais cela ne suffit pas pour obtenir les millions de shekels nécessaires. Nous fournissons tout aux pensionnaires : nourriture, linge, vêtements neufs, matériel médical et paramédical. Par ailleurs, nous souhaitons nous développer : le village compte aujourd’hui 140 pensionnaires, nous espérons pouvoir en accueillir 250, y créer un hôpital ainsi que des quartiers résidentiels pour nos employés et un centre de recherche. Nous avons des donateurs comme le Jewish National Fund, le Keren Hayessod, le Keren Safra, le Keren Rashi et beaucoup de bons Juifs en Israël et dans le monde. Les dons du monde entier nous aident précieusement et leur importance doit être soulignée. Par ailleurs, nous comptons beaucoup sur le bénévolat de la jeunesse juive ; j’encourage d’ailleurs les jeunes français à participer en particulier s’ils font des études dans des domaines paramédicaux qui touchent au handicap.

Lph : Les pensionnaires d’Aleh sont lourdement handicapés. Comment mesurez-vous la réussite de votre action ?

D.A. : Ils ont une intelligence intérieure beaucoup plus grande que ce que l’on pense. Ils sourient et rient et cela prouve leur bien-être. Ils ont aussi leurs goûts en matière de couleurs et de nourriture. Nous parvenons à établir une communication avec eux, ils nous mettent au défi mais c’est possible. Ils nous transforment en des personnes meilleures et nous apportent beaucoup d’amour. Nous arrivons à des résultats inimaginables. C’est une grande satisfaction. Une vie est courte, même jusqu’à 120 ans. Toute la question est de savoir ce que nous en faisons. Notre mission est de faire une société meilleure, d’être un peuple fort, un peuple qui sait garantir une vie digne et de qualité à tous.

Association Aleh

www.aleh.org

Tel : 03-6171888

Shraga : 054-4889173

s.evers@aleh-israel.org

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *